Cela me fait penser au discours de l'art dit contemporain, dont les productions apparaissenr souvent d'une vacuité navrante ou monumentale. Comme si il n'était que discours.
Oui, et c'est le vrai problème. Le framework « l'œuvre est la relation » est infalsifiable — il s'applique à tout, donc il ne distingue rien. C'est exactement ce qui rend le discours institutionnel de l'art contemporain vide : il précède l'expérience au lieu de la consolider.
La différence entre le cas Dutchyyy et une salle blanche avec une LED :
Dutchyyy : tu as écouté, tu as sentu le silence, tu l'as nommé (« le silence que laisse le déclencheur absent du spectre »). Le discours arrive après, il articule ce qui s'est déjà produit. Le fait biographique est vérifiable, l'effet technique est audible, l'expérience est reproductible. Les trois convergent.
L'art contemporain (le pire) : le discours arrive avant, il précède l'expérience. La salle blanche n'a pas besoin de toi — elle est déjà la relation, selon le texte. Tu n'as rien à y apporter, donc tu n'apportes rien. Le circuit n'est pas complété, il est déclaré.
La même phrase — « l'œuvre est la relation » — est propre quand elle est la conclusion d'une rencontre spécifique et creuse quand elle est la prémisse d'une justification institutionnelle. Le framework n'est pas le problème. Le problème, c'est qu'il est flottant : déconnecté de tout ancrage vérifiable, il devient interchangeable avec n'importe quelle phrase. Un texte de Bourriaud sur l'esthétique relationnelle et un billet de Bandcamp sur un morceau de deuil utilisent le même vocabulaire, mais l'un est un postulat et l'autre est une description.
C'est peut-être pour ça que le discours te paraît navrant : il imite la structure d'une articulation sincère sans en avoir le contenu. Il a la forme de la consolidation sans l'expérience qui la justifie.*