calligraphie cacographie archéographie
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des calligraphes ?
cette année on a un projet avec le CNRS sur la reconstitution d'écriture hébraïque, celle pratiquée en Europe par des pros ou des pas pros.
en finalité directe je crée un objet reproduisant des docs en hébreu et en latin de différentes nature (religieux, comptables, etc)
en terme de référence par rapport à la reconstitution des gestes on a rien de rien, qqs études modernes basées sur des observations biaisées par un fait: les chercheurs n'écrivent pas
j'ai eu l'espoir d'avoir des infos, matérielles ou techniques mais que nenni. Il me semble qu'on passe une énergie considérable (une énergie externe à nous) a créer des outils qui accumulent des données mais n'apporte rien concrètement. Peut-être que dans le futur le savoir théorique accumulé amènera une pratique mais je n'y crois pas, je ne vois pas pourquoi il ne serait pas plus efficace de prendre une plume, qqs années devant soi et développer une pratique ?
bon là mon approche est matérielle, un outil, une taille, une encre et sa rhéologie, et tenter de reproduire les gestes qui géométriquement parlant ne peuvent qu'être au plus proche des originaux.
il reste parfois difficile d'expliquer pourquoi tel geste ne sera pas valide puisque mes interlocuteurs ne comprennent pas mes outils. C'est super passionnant car ça m'oblige à être très précis, quitte a présenter des modèles agrandis ou des essais volontairement ratés.test taille des plumes pour hébreu et micro-hébreu

micro écriture et sub micro écriture, ça fait mal aux yeux en vrai, c'est un-e psychopathe qui a fait ça à la base

latin, glose cursive et contre glose minuscule

les cameras du projet IDEM https://www.irht.cnrs.fr/fr/recherche/les-programmes-de-recherche/idem

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Intéressant ça !
Donc tu t'entraînes pour qu'une sorte de scanner puisse capter tes gestes pour qu'in fine une machine puisse les reproduire. C'est bien ça ? -
mon objectif premier c'est identifier le ductus hébraïque en occident, donc la formation des caractères.
Le coup de la modélisation c'est une partie annexe car on est sur du interlabos, et eux leur objectif c'est de modéliser les gestes en dehors de ceux qui sont inscrits sur le support.Le résultat est imprimable, on suit le mouvement de la plume sur le papier et dans l'air. Pour moi c'est plus incertain car on a aucune trace de ces gestes. Pour exemple j'ai reproduit la signature de Jehanne d'Arc mais comment savoir si dans son geste elle n'a pas eu des mouvements illogiques, des hésitations, ou se gratter le nez ? -
T'es arrivé comment à ce job ?
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à la force des poignets! j'ai fabriqué mes premiers pigments vers 1989-1990, j'ai mis en oeuvre toutes les techniques possibles
grâce à ça je suis entrée en conservation vers 1999 et je réalises des fac similés depuis lors - c'est en train de devenir mon activité principale dans (plus que la restauration proprement dites) et je suis mais littéralement débordé! c'est très développé en préhistoire (voir Chauvet) mais pas dans le manuscrit, je ne connais pas de concurrence à vrai diredétail copie billet Qing, indigo, vermillon, encre ferrique sur papier préparé infalsifiable

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Waouh !

C'est beau de vivre de sa passion.
Merci pour ton histoire. -
voici une base de chez base, minuscule carolingienne vers l'an 900
c'est la racine de l'écriture minuscule occidentaleles petits carrés c'est la hauteur de corps proportionnelle à l'outil
l'angle d'attaque de l'outil et le ductus (l'ordre)

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Histoire incroyable et le projet a l'air fou. Pour l'hebraique, tu comprends ce que tu reproduis ou bien c'est du dessin ? Si je dis pas de chonnery chaque caractère hébraïque peut indiquer une lettre et un chiffre.
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c'est une bonne question, je ne lis ni l'hébreu ni le latin ni l'arabe ni le chinois, et c'est presque pas plus mal car je dois réaliser un travail de conservation sans interpréter.
quand j'ai des textes en français ça demande un peu plus de concentration car mon cerveau aura tendance a interpréter ce qu'il a lu au moment ou je vais le reporter sur le support.ici un exemple de d'artagnan, son orthographe est pas du tout la notre

contre exemple, ici je dois nécessairement reproduire qqchose que je ne peux pas connaitre, c'est une lettre cryptée de mazarin

la question de l'alphabet hébreu c'est justement une interprétation, vraie à tel moment, à tel endroit, faux ailleurs dans un autre temps.
pour rappel l'alphabet latin est ou fut aussi une écriture de chiffre, par ex : MMXXV
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désolé image trop petite

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tiens j'ai repensé à celui-ci, c'est un document du Xe s sur papyrus, les caractères sont hébraïques mais la langue transcrite par ces lettres est de l'arabe (le machin blanc cracra à droite est un coton tige)

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Tout ça est ultra beau.
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Passionnant ! Tu as accès à des documents historiques rares qui plus est. Sans connaître le contenu exact, ça doit quand même donner un sentiment privilégié d'accès à un moment de l'histoire que le commun des mortels n'approchera jamais d'aussi près.
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un peu oui mais a priori les docs sont public, leur inaccessibilité est dû à leur fragilité. Grâce à ce travail on peut restituer des documents au public, soit en expo permanente/provisoire soit en consultation aux archives. Pour les expos par exemple c'est quand même vachement plus sympa qu'une repro numérique.
dans l'absolu il existe des programmes de reconstitution d'objets perdus dans les guerre par ex mais comme ce sont des programmes de recherche le temps est incompatible entre moi artisan et un labo financé par des fonds internationaux, donc pour l'instant c'est le numérique qui s'en charge. Or le numérique a des barrières théoriques, un chercheur va dire non c'est pas possible chimiquement, moi je vais dire bin tiens n'en vlà pourtant! Cet échange artisan/scientifique est quasi inexistant et c'est tout l'intérêt du projet hébraïque, entamer un dialogue.il y a aussi 2 aspects fun, le 1er c'est d'avoir des commanditaires qui ne me laisseraient pas rentrer chez eux s'ils me croisaient dans la rue. Par ex LVMH m'appelle en plein covid, je leur explique que leur idée est illogique au revoir.
et la 2eme chose c'est l'anonymat et la la déontologie qui sont curieusement souvent plus justes que dans un registre créatif (même ondegroude) où l'on est forcé de se mettre en avant (dans le domaine visuel).